Top 5 des états européens qui n’existent plus

Annexion, guerre, demande d’indépendance… Certains pays naissent et d’autres disparaissent au fil des batailles. Tu te rappelles sans doute de la Yougoslavie et des conflits meurtriers qui ont eu lieu lors de sa décomposition. Mais connais-tu le Royaume des Deux-Siciles ou la Ville libre de Dantzig ? Je t’emmène ainsi découvrir le top 5 des états européens qui n’existent plus.

Le Royaume des Deux-Siciles, 1816-1860

Le Royaume des Deux-Siciles est né en 1816 à la suite du congrès de Vienne. Il disparaîtra en 1860, lorsque le général Guiseppe Garibaldi débarqua sur les côtes siciliennes. Entre temps, le Royaume, qui s’étend de l’île de la Sicile jusqu’au sud de la botte italienne, a connu plusieurs insurrections.

Au cours des siècles précédents, les royaumes de Naples et de Sicile ont déjà été unifiés. Le Royaume de Sicile, créé au XIIe siècle s’étend approximativement sur le territoire du Royaume des Deux-Siciles. Puis, au XVe siècle, Alphonse V, roi de Valence, de Majorque, de Sardaigne, de Sicile conquiert le royaume de Naples. Au XVIIIe siècle, Ferdinand 1er conquiert le royaume de Naples puis le royaume de Sicile et réunit une nouvelle fois ces deux territoires. Mais à chaque fois, ce nouveau pays disparaît assez rapidement.

En 1816, Ferdinand 1er monte à nouveau sur le trône pour diriger le Royaume des Deux-Siciles. Dès 1820, une première insurrection éclate. Mais la courte histoire du Royaume des Deux-Siciles est surtout marquée par le soulèvement de Palerme. En 1849, l’armée du roi se retire de l’île en bombardant Palerme (le roi Ferdinand 2 aura le surnom de roi bombe à la suite de ces offensives massives). Le monarque reprend le pouvoir sur l’île dès l’année suivante.

Sicile. Image par Peter H de Pixabay

Dans l’Atlas des pays qui n’existent plus, le Norvégien, Bjørn Berge, met en avant « l’injustice, la pauvreté, l’analphabétisme et le délabrement » que l’écrivaine Julia Kavanagh a trouvés lors de son voyage dans les années 1850. Ce territoire est très peu développé sur le plan social. « Des luttes intestines constantes parcourent l’ensemble du village » écrit-il. L’épidémie de choléra faisant des dizaines de milliers de morts n’a pas, non plus, aidé au développement du Royaume.

En mai 1859, François II succède à Ferdinand II. Mal préparé et peu soutenu par les autres nations, il est renversé en 1860. C’est la fin du Royaume des Deux-Siciles. Et malgré la réunification de l’Italie, avec notamment des réformes sociales, ce territoire est toujours plus pauvre que le Nord.

La Yougoslavie, 1918-2006

La Yougoslavie est le plus célèbre de ce Top 5 des états européens qui n’existent plus. Le pays est fondé en 1918, lorsque les parties slaves du Sud de l’Autriche-Hongrie sont réunies pour créer le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Par la suite, les traités vont fixer les frontières de ce nouvel état dirigé par un roi. Et en 1929, il prend le nom de Royaume de Yougoslavie.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le pays est occupé par les troupes allemandes. Puis, après la Guerre et l’abolition de la monarchie, le pays prend le nom de République fédérative populaire de Yougoslavie. Le maréchal Tito prend la tête de cette nation et va préserver son unité d’une main de fer. Car pendant plusieurs décennies, la Yougoslavie comprend six républiques (Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie et Slovénie) et deux provinces autonomes (Kosovo et Voïvodine).

Rovinj. Image par Moritz Bechert de Pixabay

A la mort de Tito en 1980, le pays va peu à peu perdre son unité intérieure et va être éclaté. Le 25 juin 1991, les républiques de Slovénie et de Croatie déclarent chacune leur indépendance. Des périodes de combat puis de cessez-le-feu se succèdent. La Macédoine  fait le même choix le 8 septembre 1991. Le 6 avril 1992, c’est la Bosnie-Herzégovine qui proclame son indépendance. Encore une fois, l’armée yougoslave ne l’entend pas ainsi et des combats éclatent. Le siège de Sarajevo, faisant des milliers de morts entre avril 1992 et décembre 1995, est l’un des symboles de ce conflit. En 1999, c’est au tour des Kosovars d’affronter la Yougoslavie pour leur indépendance. Le conflit est, une nouvelle fois, très sanglant. La proclamation d’indépendance du Kosovo n’aura lieu que le 17 février 2008, même si le Kosovo n’est toujours pas membre de l’ONU. C’est pour cette raison que cet état fait partie de mon top 10 des pays non reconnus officiellement dans le monde.

De la Yougoslavie, il ne reste plus que la Serbie et le Monténégro. Les deux pays sont donc réunis pour créer la Serbie-Monténégro (à partir de 2003). Mais la décomposition se poursuit avec, en 2006, l’indépendance du Monténégro. Cette fois-ci, aucun conflit armé n’a lieu. Il était temps car selon certains chiffres officiels, ces différentes guerres d’indépendances auraient fait au moins 130.000 morts. Pour d’autres, ce chiffre est sous-évalué.

L’État libre de Fiume, 1919-1924

L’histoire de l’Etat libre de Fiume, qui comprend la ville de Fiume et les alentours, est liée au destin de Gabriele D’Annunzio. Ce poète italien, à la réputation internationale et héros de la Première Guerre mondiale, est à la tête de plus de 2000 hommes lorsqu’il annexe Fiume en 1919, situé sur la côte nord-est de l’Italie.

Durant plus d’un an, ce dictateur va diriger la ville qui n’a pas de statut définitif depuis la fin de la Grande Guerre car les puissances victorieuses de la guerre y voyaient un lieu stratégique placé sur l’Adriatique. La ville est environ aux 2/3 Italiennes. Gabriele D’Annunzio a ainsi l’idée d’imposer le rattachement, de ce territoire à Rome. Mais le gouvernement italien se désolidarise de cette initiative et la condamne.

Fiume
Fiume/Rijeka. Image par Ivan Vuksa de Pixabay

Une constitution « La Charte du Quarnaro » est même créée. C’est un mélange de valeurs anarchistes, démocrates et républicaines. Ainsi, toute personne s’opposant aux valeurs de la cause peut être condamnée à mort. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’annexion de Fiume à l’Italie est plébiscitée par les habitants : être en désaccord signifierait la peine capitale. Par la suite, le gouvernement italien décide de réagir.

Gabriele D’Annunzio et son régiment sont expulsés en décembre 1920 afin que soit appliqué le traité que l’Italie et l’Etat yougoslave ont signé quelques semaines plus tôt qui prévoit la création d’un Etat libre de Fiume. Un gouvernement provisoire va ainsi s’installer et l’Etat libre de Fiume est reconnu internationalement. Benito Mussolini se servira, notamment, de l’échec de D’Annunzio pour créer son Parti fasciste. Puis en janvier 1924, les Croates, Serbes, Slovènes et Italiens signent le traité de Rome. Il prévoit la dissolution et le partage de cet état libre. L’Italie en récupère la plus grande partie.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville est occupée par les Allemands. Puis, en 1947, le territoire est intégré à la République fédérative populaire de Yougoslavie par le traité de Paris. Et aujourd’hui Fiume s’appelle Rijeka et se trouve en Croatie.

La Ville libre de Dantzig, 1920-1939

Située en bordure de la mer Baltique, Dantzig (aussi appelée Gdansk ou Danzig) a fait partie de la Prusse pendant plusieurs siècles. Après la Première Guerre mondiale, le Traité de Versailles fait de Dantzig , une ville libre sous la protection de la Société des Nations. L’objectif est d’éviter un conflit entre les Allemands et les Polonais ; les deux nations souhaitant annexer ce territoire enclavé en Pologne mais dont les habitants sont à 95% des Allemands.

La Ville libre de Dantzig est fondée en 1920. Après quelques mois compliqués, ce territoire connaît une période de forte croissance, notamment avec l’implantation d’entreprises locales. De leur côté, les habitants ne souhaitant pas renoncer à leur nationalité allemande étaient obligés de partir. Et dès 1923, une monnaie est même créée : le florin de Dantzig et un hymne national sera également composé. Bref, la Ville libre de Dantzig ne cesse de se développer. D’ailleurs, un aéroport international est aussi construit.

Gdansk
Dantzig/Gdansk. Image par aga2rk de Pixabay

Pour maintenir cette indépendance, la Société des Nations nomme des hauts commissaires pour diriger la ville. Mais lorsque les nazis arrivent au pouvoir en Allemagne en 1933, cette Ville libre devient une obsession. Le 1er septembre 1939, les troupes allemandes attaquent la ville de Dantzig. La Seconde Guerre mondiale venait de commencer. En grande partie détruite par ce conflit, la ville fut attribuée à la Pologne après la Deuxième Guerre mondiale et renommée Gdansk.

Le Territoire libre de Trieste, 1947-1954

« Il y a un pays souverain en plein cœur de l’Europe et vous n’en avez probablement jamais entendu parler. » C’est par ces mots que se décrit le Territoire libre de Trieste, situé à un peu plus de 160 km à l’est de Venise, au bord de la mer Adriatique, sur son site Internet (lien en italien et anglais). Car encore aujourd’hui, ce « carrefour des cultures latines, slaves et germaniques, intrinsèquement multiculturelles et multilingues, situé à l’extrême nord de la mer Méditerranée » aimerait prendre son indépendance qu’il n’a jamais vraiment obtenu.

Trieste. Image par marantoni2004 de Pixabay

Ville cosmopolite, Trieste a fait partie de l’empire d’Autriche-Hongrie, durant plusieurs siècles. Puis, en 1947, le Territoire libre de Trieste est créé. Dans les faits, il n’est pas vraiment indépendant. Il est partagé en une zone A sous tutelle des Britanniques et des Américains (comprenant notamment la ville de Trieste et le port) et une zone B administrée par les forces yougoslaves. En 1954, un nouvel accord confère à l’Italie l’administration de la zone A alors que la Yougoslavie garde la zone B. Puis, en 1975, l’influence des deux pays s’étend sur ce territoire qui n’a jamais été vraiment libre : chaque pays renonçant à revendiquer le territoire de l’autre.

Pourtant, depuis plusieurs décennies, certains habitants se regroupent pour (re)demander l’indépendance de ce territoire. Ces dernières années, plusieurs manifestations ont été organisées, sans réponse de la part des autorités. Pour le moment, Trieste reste la capitale de la région Frioul-Vénétie Julienne.

[Photo couverture : Image par Dariusz Sankowski de Pixabay]

6 réflexions sur “Top 5 des états européens qui n’existent plus

  1. jacques

    Merci pour cette plongée dans l’ histoire avec ces territoires qui ont soit disparus ou changés de nom comme la Yougoslavie partagée entre différents pays. Bravo pour ce travail d’ archiviste! Blog toujours au top!

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  2. Super intéressant ! Décidément, l’unification de l’Italie n’était pas une évidence pour les peuples italiens. Comme mon copain est sicilien, il m’explique (et je dois avouée que je l’ai constaté aussi) que même aujourd’hui il y a beaucoup de racisme envers les siciliens de la part des italiens du Nord, presque comme si c’était encore un autre pays…

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